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Biographies : Abdelouahed Hajjaoui, un des grands noms de la chanson amazighe
Posté par houss59 le 24/04/2007 01:50:00 (1288 lectures) Articles du même auteur

"Yufru ouhmam yufru uri kim ghuri, la faute d'tinu nkin aourass yin elaâch adhi kim thamanu". (traduisez La colombe s'est envolée et c'est de ma faute. C'est moi qui n'ai pas pris le soin de lui bâtir un nid pour qu'elle reste près de moi).
C'est ainsi que commençait la plus célèbre des chansons de Abdelouahed Hajjaoui, l'un des grands noms de la chanson amazighe du Moyen-Atlas. C'est cette chanson, éditée en 1976, qui sera fredonnée par plusieurs générations et qui fait toujours le bonheur et les chiffres d'affaires des maisons d'édition musicale. Hajjaoui, lui, on n'en parle presque plus. Même que, nous dira-t-il, amer, que des gens le donnaient pour… mort.


Eh bien, non! Le fils de la montagne et de la mer, comme il se qualifie, est toujours parmi nous. Il vient d'éditer un nouvel album de six chansons amazighes qui consacre son retour sur la scène artistique d'où, dégoûté, il s'est écarté lui-même sans pour autant laisser tomber cet outil dont il ne se départira jamais: son Outar.
Dans les nouvelles chansons de Hajjaoui, il est toujours question d'amour, de nature, de fraternité et de tolérance chantées dans la langue de son maître Hammou Oulyazid.

Quand on lui demande les raisons qui l'ont poussé à "bouder" la scène artistique pour si longtemps, Hajjaoui ne sait par où commencer: tout baignait pour lui jusqu'au moment où, figure habituelle de la TVM, il sera "zappé" de cette dernière dans le milieu des années 80. Cette même période où l'on avait dit aux Marocains que la "Télé bouge"!. Aux règlements de comptes viendront s'ajouter les tracas avec des maisons d'édition musicale très peu regardantes quant aux droits d'auteur. Hajjaoui en fera, parmi beaucoup d'autres, les frais.

Rupture totale? Que non, nous déclare-t-il. Il n'a jamais laissé tomber la poésie et la composition de chansons qu'il confiait à ses tiroirs. Et ces derniers en regorgent. Dans six mois, ses fans auront la surprise d'un autre nouvel album toujours en langue amazighe. Pour ce puriste, Izlane ne représente qu'une infime partie d'un patrimoine poétique en perdition et qu'il s'agit de réhabiliter. Il insiste, entre autres, sur la nécessité d'user des rythmes d'Ahidouss et surtout du legs oral des Inchaden. Il faut préserver les rythmes, martèle-t-il, sans s'interdire de rénover.

Hajjaoui, donné donc pour mort, aura eu un parcours des plus atypiques. Né en 1951 à Aït Boukhyou du côté de Khénifra, il décroche dans cette ville son certificat d'études primaires et décide de laisser tomber pour aider son père dans ses activités commerciales. Toute la famille, en 1967, met le cap sur Salé et dans ses bagages, l'adolescent Abdelouahed n'oublie pas son Outar lui, qui a composé sa première chanson à l'âge de 13 ans. Déjà à l'époque, Mazouni et Warda figuraient parmi ses chanteurs préférés. Quand on lui demande de citer ceux qu'il considère comme ses maîtres, il répond Hammou Oulyazid et Farid El Atrache.

A Salé, outre le commerce, il fait la connaissance de Taieb Seddiki qui l'engage pour jouer avec Masrah Ennass. Hajjaoui remplira le contrat avec la troupe de chants "Ababil". C'est d'ailleurs l'homme de théâtre qui le pousse à renouer avec l'Outar. Une première réelle expérience a lieu en 1974: trois chansons enregistrées avec deux autres "grosses pointures" (qui s'en "souvient"?) de la chanson amazighe, Hadda Ouaâkki et Benaceur Oukhouya.

Une trentaine d'albums plus tard, Hajjaoui jette l'éponge. Guère rancunier et moins artiste à passer son temps entre les tribunaux pour droits longtemps bafoués, il s'occupe entre ses deux enfants, ses connaissances et son travail. Il est agent de Maroc Telecom et réside à Sala Eljadida mais, de nature discrète, ne fait rien pour se faire remarquer. Oublié l'homme des grandes soirées, l'artiste qui figurera (avec Maghni et Rouicha) dans l'anthologie de la chanson marocaine élaborée sous l'égide du ministère de la Culture… Oublié aussi le chanteur dont tout un paquet de chansons sont toujours reprises dans la plus totale illégalité, soit par des maisons d'édition, soit par d'autres chanteurs (et pas des moindres!).

Aujourd'hui, Hajjaoui nous dit vouloir renouer avec son public et surtout faire plaisir à tous ceux qui demandaient après lui et qui insistaient pour qu'il revienne sur scène. Il le fait et il ne semble pas près de lâcher le rythme...

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