Peut-on concevoir un écosystème oasien sans le palmier dattier? L’interrogation ne semble pas inquiéter outre mesure. Sinon, comment considérer le laxisme qui continue d’entourer le pillage et le déplacement dont fait l’objet cet arbre providence des régions désertiques? Souvent dans le seul dessein d’agrémenter quelques espaces de foires et expositions. A telle enseigne que les superficies plantées accusent un recul gravissime.
Et l’impact sur une économie oasienne de plus en plus fragilisée en est la rançon évidente. Certes, la production reste grandement influencée par le climat caractérisé par une sécheresse récurrente. Certes, plusieurs voix se sont élevées pour protester contre un tel pillage individuel ou collectif, mais rien n’est fait, et il manque notamment une loi réprimant ce genre de crime contre la nature.
Des initiatives ont, en revanche, abouti à en minimiser les dégâts: à Zagora, par exemple, les acteurs associatifs ont réussi à réunir autour d’une même table tous les intervenants et initier une décision provinciale interdisant le transport des palmiers dattiers en dehors de la province. «N’importe quel citoyen doit assumer sa responsabilité et alerter les autorités compétentes via un numéro de téléphone mis à disposition, et en cas de non suivi, une enquête s’ouvre pour élucider les responsabilités», a expliqué Abdellatif Kacem, membre dirigeant du tissu associatif de Zagora.
Ce n’est pas encore le cas dans la palmeraie de Skoura, située à 40 km au nord de Ouarzazate, où l’on continue de piller cette richesse arboricole, faute de contrôle rigoureux. Une simple visite dans ce qui était désigné il y a deux décennies comme «Jardins de Skoura » apporte la preuve que la situation frise la catastrophe. Pour la pallier, une opération de distribution de plants au profit des agriculteurs a été menée ces derniers jours. Or, si l’action est louable en soi, les modalités de son application laissent à désirer. Des bénéficiaires, sans lien aucun avec le monde agricole, ont, sur le champ, commencé à revendre les plants qu’ils ont obtenus.
Au-delà, la palmeraie, large de 25.000 km2, renseigne au mieux sur l’état global des autres oasis de la région du sud-est marocain, d’où l’on tire 42% de la production des dattes du pays. Le patrimoine des palmiers marocains est, en effet, concentré au niveau de trois zones: Ouarzazate-Zagora 41%, Tafilalet 28% et Tata 28%. Pour ce qui est de la production, Skoura assure 42.000 tonnes. Mais la qualité reste toujours un problème, à cause de maladies d’origine fongique. L’une des plus néfastes reste le Bayoud, responsable de la destruction de 3% des superficies en moyenne par an. Plus de 10 millions d’arbres au Maroc et plus de 3 millions en Algérie ont été ainsi décimés.
La production locale est destinée à 25% pour l’autoconsommation, la commercialisation porte sur 53 % et le reste profite à l’alimentation du bétail. Il faut noter que la production nationale n’arrive pas toujours à satisfaire les besoins du pays. Production en dents de scie et irrégularité de la qualité expliquent le phénomène, mais aussi la concurrence des dattes d’importation.
Douze espèces sur 44.000 haActuellement, la palmeraie couvre 44.000 ha correspondant à environ 4,4 millions d’arbres. Le palmier dattier appartient au genre Phénix qui comporte 12 variétés différentes. C’est une espèce arboricole monocotylédone à tronc monopodique et à feuilles persistantes et imparipennées. Le palmier dattier comporte 36 chromosomes et s’hybride facilement avec les autres Phénix.
Ali Rachidi - L'Economiste