Un ouvrage signé Frédéric Damgaard, où ce dernier a livré toute sa recherche autour de l'art berbère, durant les 20 années qu'il a passées au Maroc, et plus particulièrement à Essaouira avant d'aller s'installer à Taghazout
Cet art des femmes berbères, mis en exergue par l'auteur, nous fait découvrir des créativités, dignes d'œuvres artistiques, en tapis et tissage de tous genres, sacs et sacoches, coussins, couvertures, haïks, handiras, voiles de têtes, tissus brodés, vêtements, capuchons et bonnets, bottes, babouches et ceintures.
Tout un éventail d'imagination, exprimant un mode de vie, des coutumes, des traditions et aussi l'image de la femme, ses pensées, ses émotions, sa fantaisie, sa sensibilité et son langage visuel d'artiste. Un lieu de mémoire collective et spécifique à chaque région que F.Damgaard est allé découvrir sur place, côtoyant les populations locales et dénichant ces trésors patrimoniaux inestimables qui doivent être rassemblés dans un musée d'art berbère pour pouvoir mieux les apprécier à leur juste valeur.
Des photographies fantastiques prises de tapis et tissages de différentes régions du Sud du Maroc illustrent ce bel ouvrage garni par un texte bien détaillé sur l'histoire et les origines des berbères et, bien sûr, sur ces femmes berbères, dont le travail remarquable est mis en valeur à travers l'œil passionné et averti de
F.Damgaard.
Ce dernier nous fait découvrir, à partir de ce livre, l'aspect artistique de la culture berbère, par le biais d'objets ayant la valeur et la qualité d'œuvres d'art se trouvant dans des zones rurales.
C'est cette recherche approfondie qui a motivé, sans aucune hésitation, la publication de ce livre par A.Retnani (La Croisée des Chemins) qui a énormément apprécié la démarche de l'écrivain. « Frédéric Damgaard m'a proposé une série de photos sur le travail remarquable des femmes berbères. J'ai tout de suite été séduit et, sans hésiter, j'ai décidé de la publier. Ces travaux méritent d'être immortalisés par un beau livre, qui restera à jamais pour nos générations futures, revalorisant cette riche région du Sud qui ne cesse de nous étonner», souligne M.Retnani.
Pour donner plus de force et de crédibilité à son ouvrage, l'auteur fait appel à de nombreuses références historiques, démontrant, ainsi, l'ancienneté de l'industrie du tissage et soulignant l'importance accordée à l'art du tapis amazigh au Maroc à travers l'histoire, puis son influence sur l'art européen du Moyen âge.
«L'ouvrage de Frédéric Damgaard n'est pas seulement un livre de plus sur le tapis et le textile amazighs, mais encore un livre particulier où chaque pièce est abordée comme une expression artistique et non comme un objet ethnique utilitaire », souligne Ali Amahan, professeur d'anthropologie à l'INSAP et membre du Conseil d'administration de l'IRCAM.
L'auteur le précise bien dans son introduction : « Dans ce livre, en effet, nous montrons une collection de tissages et tapis-tableaux sélectionnés en raison de leurs qualités artistiques et selon notre goût personnel ».
Historien d'art et critique averti, M.Damgaard a tenté, dans son ouvrage, d'éviter l'exotisme ayant caractérisé d'autres publications sur les tapis marocains, préférant une démarche professionnelle se basant sur des références historiques de grands historiens.
«Frédéric Damgaard n'a pas hésité à mettre sur le même pied d'égalité les tisseuses amazighes et les artistes plasticiens modernes du Maroc. Il souligne également le rôle du tissage amazigh dans la préservation de la mémoire et le rôle des mères dans la transmission de cette mémoire», écrit Ali Amahan dans la préface de l'ouvrage, ajoutant que ce livre apporte un regard particulier, celui d'un Danois sur l'un des aspects les plus importants de la création marocaine, le tapis et tissage des femmes amazighes.
En effet, F.Damgaard milite pour sa réhabilitation et plaide pour sa promotion, mettant en relief l'esprit créateur et plein d'imagination de la femme amazighe.«Elle harmonisera les tonalités des couleurs assimilées et réinventera des compositions à partir des motifs mémorisés, se laissant guider par son inspiration. Tout en composant les nœuds de la trame, la tisseuse amazighe fait appel à sa mémoire pour mieux perpétuer celle de son groupe».
Le résultat est fabuleux, car en contemplant les photographies de cet ouvrage, nous nous sentons en face d'une véritable création, valorisée par un récit passionnant, très fort, puisque il est écrit avec cœur et professionnalisme d'un écrivain connaisseur en la matière.
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Un parcours honorable
Historien d'Art, membre de l'Académie du Var (Toulon) et membre de l'Académie «Arts-Sciences-Lettres» (Paris). Frédéric Damgaard est, également, un grand critique d'art et photographe professionnel.
Son installation à Essaouira, puis l'ouverture de sa galerie d'exposition étaient à l'origine de l'épanouissement de beaucoup d'artistes souiris qu'il a pu propulser dans l'univers des arts plastiques marocains et étrangers, exposant leurs travaux dans des galeries de renommée et des musées internationaux où des critiques d'art de poids étaient sidérés par leurs œuvres.
Ces dernières années, Frédéric Damgaard a décidé de prendre sa retraite choisissant de résider à Taghazout pour se consacrer uniquement à la recherche et l'écriture.
Ouafaâ Bennani - Le Matin