Le désert exerce de plus en plus de charme sur les jeunes du sud-est marocain. Ces derniers n’ont qu’un seul souci actuellement: comment en tirer le maximum de profit, et partant l’ériger en une source de richesse? La réponse est, certes, claire, puisque le tourisme de désert reste un créneau prometteur qui attire chaque année davantage de visiteurs, mais comment surpasser tous les obstacles?
Hassan Nouâmani est l’un des jeunes de la région ayant choisi de gagner sa vie au moyen de ce créneau. Son métier d’hôtelier, sa proximité, sinon son amour pour le désert, puisqu’il vit à Mhamid El Ghizlane où il dispose d’une petite unité hôtelière, font de lui un défenseur ardent de Dame nature. Deux préoccupations majeures dès lors: fructifier et développer d’abord son «commerce» autant que faire se peut, et préserver ensuite cette mine d’or, comme il aime l’appeler, facilement et rapidement tarissable en cas de nonchalance.
La question du développement durable se pose ici en termes simples et concrets. «Nous puisons tous dans la même mine, il est par conséquent judicieux d’y prêter attention, afin qu’elle ne se transforme pas en un enfer insupportable, et que toutes les générations en bénéficient de la même manière», souligne ce jeune de 33 ans. Lui qui se souvient très bien d’une dispute avec un touriste qui a eu la maladresse de jeter une canette en plein désert, comme si c’était une poubelle.
Convoité par les organisateurs de certains sports mécaniques, le désert peut connaître une dégradation, notamment au niveau de sa biodiversité. Des études dédiées soulignent qu’une plante écrasée lors d’un rallye demande de longues années avant qu’elle ne repousse de nouveau. L’administration, selon lui, doit veiller à la préservation des pistes des rallyes avec les points GPS pour ne pas violer l’enceinte de ce désert et se trouver un jour avec une multitude de pistes et, par conséquent, avec un désert sans vie. Les spécialistes encouragent ainsi le tourisme écologique (jogging, marche et aventures...). Si les véritables professionnels se transforment automatiquement en des militants écologiques, c’est bien parce que la perte de ce désert entraînera, ipso facto, une réduction de postes d’emploi et toute une économie flanchera. Hassan Nouâmani, qui avait monté depuis 2001 un projet de garde- caravanes en est conscient. Il compte ainsi, aux côtés d’autres professionnels, contrecarrer tous les obstacles. Ses traits de caractère de témérité et de courage, en plus des besoins pressants de sa clientèle, l’ont poussé à développer sa petite entreprise.
Il aménage ainsi huit suites qui prennent la forme d’une habitation sahraouie. Aucune étude de faisabilité, ni de conformité, plutôt une intuition naturelle, lui dictant le respect du terroir. Bien évidemment, sa bonne connaissance du genre de clientèle éprise de sable et de soleil l’a incité à aménager une piscine et à prévoir 10 autres suites sahraouies d’ici une année. En parallèle, lui et ses compères appellent les autorités à réglementer le secteur pour éviter les intrus et tous ceux qui enfreignent les règles. «A Mhamid, nous sommes une vingtaine à exercer ce métier, mais uniquement une dizaine à respecter ce produit et sa déontologie, notamment dans les bivouacs, où certains se permettent tout», précise-t-il, avant de soulever le problème d’absence de spécialisation. Autrement, dit-il, l’avenir risque d’être grandement menacé par une concurrence d’autres pays offrant le même produit et parfois à des tarifs réduits, tels le Niger, le Mali et la Mauritanie.
L’atout primordial à sauvegarder reste la sécurité qui fait du désert marocain le plus sûr et le plus paisible. Les autres exigences devraient suivre. Les professionnels de la région se montrent compréhensifs à l’égard de l’impératif d’une mise à niveau. Mais plaident aussi pour une aide de l’Etat, notamment au niveau des infrastructures. «L’aérodrome de Zagora, inauguré fin 2007, reste toujours non opérationnel et l’on ne peut se développer sans dessertes aériennes répondant aux attentes de notre clientèle fidèle», fait remarquer Hassan qui appartient à une famille de nomades qui s’adonne au tourisme depuis le début des années 90.
Quant aux résidents désireux surtout de bénéficier des «bains de sable» thérapeutiques, les professionnels n’hésitent pas d’interpeller le ministère de la Santé qui doit, selon eux, assumer ses responsabilités en matière de contrôle. En guise de réponse, le ministère a lancé récemment, en présence du ministre Mohamed Bousaid lui-même, le programme du Pays d’accueil touristique «Désert & Oasis» (Patdo). Près de 70 millions de DH seront injectés dans ce projet qui vise à valoriser un produit touristique à part entière. Des conventions de partenariat ont été signées dans les trois villes du sud-est marocain: Zagora, Ouarzazate et Errachidia. L’objectif est d’élaborer et de mettre en œuvre des plans d’action détaillés et budgétisés. Pour Zagora, dont le plan d’action nécessite une enveloppe de 25 millions DH, elle travaillera davantage sur les zones présahariennes et la réhabilitation des édifices à forte portée architecturale.
Composantes du plan d’action «Désert&Oasis»?Le plan d’action du Patdo prévoit des mesures et interventions détaillées, mais ses principales composantes sont l’accueil et l’information, l’hébergement, l’artisanat et l’animation, le confortement des circuits, la réhabilitation du patrimoine architectural et culturel local, la préservation de l’environnement des oasis, de la montagne et des vallées, la mise en valeur des produits du terroir, les mesures d’accompagnement et la promotion et la commercialisation.
Ali Rachdi: L'economiste